Le chef du DETEC a déclaré à la SonntagsZeitung que le fonds fédéral pour les transports publics (FTP) ne suffit pas pour financer tous les projets nécessaires, comme par exemple la 3e voie Lausanne-Genève ou les tunnels du Wiesenberg (2 milliards de francs) ou du Zimmerberg (1,1milliard ). Il propose donc que les CFF entrent en bourse et lèvent les capitaux que la Confédération ne veut pas leur allouer. En y réfléchissant trois secondes, l’idée appar t rapidement comme impraticable. Même au-delà des blocages idéologiques déjà exprimés par le syndicat SEV, qui rappelle avec raison que la vente par le Gouvernement allemand de 25% de DB n’est pas un exemple à suivre quand on sait que les pays qui ont tenté l’expérience sont en train de racheter les entreprises de chemin de fer qu’ils avaient privatisées (Grande-Bretagne, Nouvelle Zélande, …).En effet, un investisseur privé voudra un rendement convenable des capitaux engagés. Or les CFF n’ont pas vocation à dégager des bénéfices. S’ils en font un peu, c’est parce que la Confédération (environ 2 milliards de francs par an!) et les cantons (prestations du trafic régional) assument la couverture du déficit. Pour pouvoir rémunérer des capitaux privés, il faudrait donc que les collectivités publiques accroissent d’autant leurs versements. En partant de l’idée que le rendement attendu par les privés serait supérieur aux taux des obligations de la Confédération, alors le moyen le plus avantageux de financer ces investissements consiste à prêter directement aux CFF! A moins que le Ministre socialiste des transports n’imagine que les bénéfices proviendraient d’une augmentation des tarifs…
Je me permets dès lors de faire une contre-proposition à Moritz Leuenberger. Et si l’on autorisait les caisses de pension à investir dans les infrastructures de transport, à des taux faibles mais suffisants sur la durée? Compte tenu de l’absence de risque, cela vaudrait peut-être mieux que les produits dérivés et les hedge funds. Comme tout le monde – de gauche à droite de l’échiquier politique – semble d’accord pour estimer que les infrastructures de qualité constituent une clé du bon fonctionnement de l’économie, on pourrait même considérer que cette diversification du porte-feuille des caisses de pension contribuerait à consolider le rendement des autres placements (actions suisses, immobilier). Considérant cet effet bénéfique, on pourrait même imposer une part minimale pour ces investissements dans l’infrastructure.
L’idée m’a traversé l’esprit en apprenant que la Confédération pourrait bien imposer un taux de couverture de 100% aux caisses de pension publiques. Une opération qui coûterait environ 35 milliards de francs aux collectivités publiques qui devraient s’endetter d’autant et dont on peut se demander où ils seraient investis sans risque de partir en fumée…

Laisser un commentaire