(source: http://www3.unil.ch/wpmu/allezsavoir/files/2008/12/interview.jpg)
Le 4 novembre 2011, en ouverture du premier Forum romand « Développement durable et formation », le professeur Dominique Bourg a donné une grande conférence remettant en cause le concept même de « développement durable » pour le remplacer par celui de… « durabilité ». J’avoue n’avoir guère été convaincu et je continuerai donc à défendre ces valeurs, cette vision de société et ce défi pour le XXIe siècle. Vingt ans après le Sommet de la Terre (Rio de Janeiro, 1992), le concept de développement durable commence à être compris dans des milieux de plus en plus larges. Ce n’est pas le moment d’en changer!
En substance, Dominique Bourg observe que les objectifs pour lesquels les Nations Unies s’étaient mises d’accord en 1992 n’ont pas été atteints, bien au contraire: les inégalités entre le Nord et le Sud se sont creusées, on continue à piller les ressources non renouvelables, alors que les ressources renouvelables (en particulier les ressources halieutiques) sont surexploitées. En conclusion, la stratégie du développement durable est inopérante. Pire, elle sert d’une certaine manière d’écran de fumée aux comportements qui vont à fin contraire. C’est le paradoxe de l’effet rebond qui veut que chaque fois que l’on gagne en efficacité sur un processus de production ou de consommation, cela dégage des ressources qui seront immédiatement réinjectées dans le processus productiviste.
J’ai surtout noté la référence à Tim Jackson, qui, lui aussi, dénonce l’illusion du développement durable et propose une « prospérité sans croissance ». Mais, ici aussi, je peine à voir en quoi le modèle proposé s’oppose à celui de développement durable. Et je ne semble pas être le seul (voir http://bouillaud.wordpress.com/2010/09/28/tim-jackson-prosperite-sans-croissance-la-transition-vers-une-economie-durable/).
En fait, si le concept de développement durable s’est avéré inopérant depuis son adoption à Rio en 1992, c’est tout simplement qu’il n’a pas été appliqué, si ce n’est dans la rhétorique. Il convient donc, au contraire, de persévérer et de veiller à ce que nos choix ne contredisent pas cet objectif de long terme. L’Agenda 21 se déroule jusqu’à la fin du XXIe siècle. Et le chemin est encore long jusqu’à ce que nous puissions faire la preuve que le développement n’exige pas la destruction de la planète et des liens de solidarité. C’est pourquoi, à mon niveau, je fais la promotion au sein de l’Etat de Vaud des outils d’aide à la décision pour que les projets et politiques publiques ne contredisent pas cet objectif. Et je ne connais pas de contre-exemple, ce qui n’est déjà pas si mal. Ainsi, la consommation d’énergie des b timents publics a-t-elle sensiblement diminué depuis 2005, alors que les surfaces administratives ont augmenté. Même constat en ce qui concerne la consommation de carburant des véhicules affectés à l’entretien du réseau des routes cantonales (-30%). Mon blog relate encore bien d’autres exemples du même acabit.
Au fond, Dominique Bourg ne va pas au bout de son raisonnement. Si, malgré la liturgie du développement durable, la consommation de ressources limitées ne cesse de croître, la croissance économique ne peut que conduire rapidement à la pénurie dans des domaines de plus en plus nombreux. Arrivé là, le modèle de développement devra nécessairement se réformer. Mais, on s’en doute, cela se fera dans un contexte de crise majeure et au prix de violences sociales et géopolitiques sans précédent. En définitive, les principes du développement durable devraient s’imposer, non pas parce que les Hommes auraient opté pour un autre mode de vie, mais pour entamer un lent changement de cap et éviter un chaos largement prévisible.

Laisser un commentaire