Le 4 août dernier, profitant de la trève estivale, Romande Energie annonçait sa volonté d’acquérir une tranche de 50 MW dans un projet de centrale électrique au charbon à Brunsbüttel en Allemagne. Cette décision stratégique découle de deux constats: l’entreprise ne produit qu’un cinquième environ de l’électricité qu’elle distribue (ce qui l’expose à de gros risques sur ses coûts d’approvisionnement) et les Chambres fédérales viennent d’exiger une compensation totale des émissions de CO2 pour les centrales à gaz exploitées en Suisse (ce qui ruine les perspectives de rentabilité des projets de Romande Energie à Chavalon et Cornaux). Mais l’engagement signé avec SüdWestStrom ne porte pour l’heure que sur une première tranche de capital de quelques millions. Pour que le projet se concrétise, il faut maintenant que les conditions cadres économiques et politiques soient favorables à cet investissement de plus de CHF 6 milliards de francs suisses.
Au plan économique, il me semble que la principale incertitude concerne la taxation des émissions de CO2, qui sont deux fois plus importantes par kilowattheure que dans le cas d’une centrale à gaz à cycle combiné. Les tenants du projet ont fait leurs calculs: à 20, 30 ou même 40 euros par tonne de CO2, la centrale de Brunsbüttel aura des coûts de production inférieurs à ceux d’une centrale à gaz. Malheureusement pour eux, le prix des émissions de CO2 ne résulte pas d’un équilibre entre l’offre et la demande mais d’une volonté internationale de réduire de 30 à 50% la quantité de gaz à effet de serre envoyés dans l’atmosphère. En d’autres termes, les droits d’émission se stabiliseront à un niveau tel que des installations existantes devront être arrêtées et non pas à un niveau supportable pour permettre la mise en exploitation de nouvelles installations! Je prends donc le pari que, pour des raisons économiques, cette centrale – si elle se construit – ne sera pas exploitée sur l’entier de sa durée de vie, soit jusqu’en 2045.
Quant au feu vert politique, il ne sera pas facile à obtenir. L’opposition aux nouvelles centrales à charbon s’organise en Allemagne et une première manifestation populaire contre le projet de Brunsbüttel a déjà eu lieu le 17 mars 2008 (voir http://nuv-online.de/?p=447).
Romande Energie est parfaitement consciente du risque économique, mais aussi du risque d’image auquel sa décision l’expose. Elle va certainement justifier ce choix en mettant en avant le risque de pénurie d’électricité annoncée pour 2015-2018. Mais ce risque ne se réalisera que si la consommation continue de croître à un rythme deux fois plus rapide que le PIB, ce qui revient à miser sur une dégradation de l’efficacité énergétique. Plutôt que de suivre l’évolution de la demande (quand elle ne la stimule pas!), une entreprise publique comme la Romande Energie devrait investir en premier lieu dans les économies d’énergie avec la perspective de réaliser la « société à 2000 watts » défendue par le Conseil des EPF. Il est certainement aisé de démontrer qu’un investissement dans le « négawatt » (l’énergie que l’on ne consomme plus) s’avérera rapidement plus rentable que dans le « mégawatt charbon ».
Mais il est aussi possible que l’opération décidée par la Romande Energie ne vise qu’à faire pression et à obtenir finalement des Chambres fédérales qu’elles reviennent sur leur exigence de compensation totale des émissions de CO2 pour les centrales à gaz. En ce qui me concerne, je pourrais m’y résoudre, mais à la condition que les entreprises électriques suisses (majoritairement en mains publiques) démontrent leur capacité à m triser la consommation d’énergie. En faisant plus que d’installer des lampes économiques dans leurs bureaux… Le potentiel est énorme et à la hauteur des gaspillages actuels!

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