(Yves Pommaz, directeur de ProMaison, présente une cuisine agencée de récupération)
C’était un des projets que je me promettais de faire éclore durant mon mandat de Conseiller d’Etat en charge des bâtiments et du développement durable du Canton de Vaud. L’inauguration, la semaine dernière, en présence de mon ancien collègue Philippe Leuba, du magasin de matériaux de construction de récupération m’a réjoui. Voir 24 Heures du 28.09.12. Sorte de « réussite posthume ». Je n’ai pas tardé à rendre visite à son directeur, Yves Pommaz, pour parler des perspectives d’avenir.
On ne répétera jamais assez que le secteur de la construction est le plus gros consommateur de matières premières et le plus gros générateur de déchets. On n’en a généralement pas conscience, mais les déchets générés par la construction et la rénovation des immeubles dans lesquels nous vivons et travaillons pèsent près de trois fois plus que les ordures ménagères!
Dans ce domaine comme dans d’autres, la priorité devrait être mise sur la prévention (éviter qu’un bien ne devienne trop rapidement un déchet, par exemple, en le réutilisant). En Suisse alémanique, depuis près de 20 ans, on a vu naître partout dans les villes des « bourses aux matériaux de construction » (« Bauteilbörsen »), mais rien en Suisse romande (hormis une tentative avortée de mon ancien bureau, à la fin des années ’90). Souvent organisées sous la forme de programme d’occupation pour chômeurs, ces entreprises s’occupent d’aller démonter des éléments réutilisables sur les chantiers. Lavabos, luminaires, cuisines, parquets, fenêtres, etc. Tout est remis en état, nettoyé, étiqueté, publié sur Internet pour être revendu à des particuliers ou des entreprises.
Caritas, instigateur du projet ProMaison par sa fondation ProTravail, et le service cantonal de l’emploi, pour le financement du programme d’emploi temporaire, ont fait ce qu’il fallait. Bravo! Mais ces efforts seront vain si les éléments de construction ainsi récupérés ne trouvent pas acquéreur. C’est là la partie la plus difficile à jouer! Bien sûr la motivation écologique et sociale va susciter un certain engouement. Mais cela ne suffira pas et c’est – comme toujours – l’argument économique qui devrait convaincre un cercle plus large de clients…
Il faut dire que les économies possibles sont considérables. Les prix affichés sont, en effet, 2 à 5 fois inférieurs à ceux des produits neufs. Mais il faudra que le propriétaire fasse preuve d’une certaine capacité de persuasion pour que, par exemple, l’installateur sanitaire accepte de remonter une cuvette de WC d’occasion. Non seulement il ne prendra pas sa marge sur la fourniture, mais il faudra qu’il mette à disposition un monteur un peu plus débrouille que la moyenne pour installer un produit inhabituel, livré sans les accessoires ni le plan de montage!
Le maître d’Etat sera peut-être facile à convaincre, dans la mesure où tout travail est bon à prendre. Cela pourrait s’avérer plus compliqué avec l’architecte dont les honoraires dépendent plus ou moins directement de la valeur des travaux et donc des fournitures… Il avancera notamment des arguments relatifs à la garantie générale sur les travaux, à mettre en balance avec des économies somme toute modestes en terme absolu. Sans parler des critiques de nature esthétique… C’est là que vous résisterez, porté par l’envie de faire un grand pied de nez à la société de consommation en introduisant dans votre espace de vie des objets qui ont une histoire et donneront plus d’âme à votre chez vous. Bien plus qu’un « geste pour la planète »!

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