(image de synthèse; voir dossier complet sur le site du nouveau Musée Cantonal des Beaux-Arts)
En tant que chef du Département des infrastructures, je peux me réjouir du choix du lauréat au moins à trois titres. En qualité de ministre des Transports, car le choix de ce site a servi de catalyseur d’un projet bien plus vaste de modernisation du noeud ferroviaire de Lausanne et de sa gare centrale, au titre de responsable politique des monuments historiques, mais aussi en qualité de Conseiller d’Etat chargé de la mise en oeuvre de la stratégie immobilière de l’Etat. Le vernissage de l’exposition présentant les résultats du concours d’architecture et d’urbanisme, jeudi 16 juin dans la halle aux locomotives de la gare de Lausanne, aura été une première occasion de communiquer mon enthousiasme pour ce projet. A entendre les commentaires du public nombreux venu découvrir le 1er prix, je constate avec satisfaction que ce nouveau MCBA est vraiment bien accueilli.
Si je me suis, dès l’origine, fortement engagé pour le choix de ce site, c’est parce que j’étais convaincu qu’un projet de cette ambition, aménagé parallèlement à l’extension des quais de la gare de Lausanne sur presque 200 mètres en direction de Genève, pouvait jouer un rôle de catalyseur pour la modernisation indispensable du noeud ferroviaire de Lausanne. Force est de constater que, un an et demi après ce choix, le Conseil fédéral propose aux Chambres de donner une priorité absolue à ce projet ferroviaire majeur pour le pays en transférant sur le noeud de Lausanne un milliard de francs jusqu’ici réservé à la réalisation du tunnel du Chestenberg, en Suisse alémanique. Parallèlement, les CFF, l’OFT et les cantons de Vaud et de Genève ont mis la dernière main à l’organisation du programme de développement ferroviaire baptisé Léman 2030 et visant à doubler la capacité de transport sur l’Arc lémanique.
La prolongation des quais jusque devant le futur MCBA impose que l’on évalue l’opportunité de déplacer le poste d’enclenchement qui s’élève entre la halle aux locomotives et le b timent historique de la gare. En effet, l’enclenchement de la gare de Lausanne doit être entièrement rénové (budget de CHF 100 mios), ce qui constitue une occasion unique de déplacer le poste directeur pour créer une relation spatiale entre la plate-forme des musées et la partie nouvelle de la gare. Le plan cadre des CFF prévoit d’ailleurs un (quatrième) passage sous-voies à la hauteur du MCBA. Pour moi, le calendrier de ces projets devrait évidemment être synchronisé. Mieux, l’architecture résolument moderne du musée devrait se prolonger jusque sur les quais prolongés. Et pourquoi ne pas imaginer que la présence d’un musée d’arts s’exprime le long des couloirs et même sur les quais? Un peu à la manière de la station Louvre-Rivoli du métro de Paris.
Le projet de musée est aussi une occasion unique de soigner le front b ti visible depuis le train à l’entrée de la gare de Lausanne. En admirant les images de synthèse du projet lauréat, je me suis soudain rendu compte que les architectes ont de tout temps veillé à l’harmonie des façades donnant sur les rues piétonnes de nos villes, mais pas vraiment les façades « arrières » qui s’offrent aux usagers du rail. Le spectacle est en général affligeant: vieux wagons stockés sur des voies de garage, quais de chargement, empilements de palettes, climatiseurs, canalisations apparentes, etc. L’entrée de la gare de Lausanne gagnerait beaucoup avec un projet architectural cohérent pour la plate-forme muséale et l’extension des quais.
Mais comment le responsable politique des monuments historiques peut-il se réjouir d’un projet qui fait table rase de la halle aux locomotives de 1911, b timent inscrit en note *2* (importance cantonale) à l’inventaire du patrimoine vaudois? A ce sujet, je dois tout d’abord confesser que j’avais naïvement imaginé qu’il serait aisé de convertir ces immenses halles, dotées d’une belle lumière zénithale, en musée des Beaux-Arts, moyennant une intervention assez minimaliste. Mais en étudiant de près les propositions faites par les candidats qui ont pris l’option de maintenir une partie des murs de l’édifice existant, il s’avère que l’exercice n’est pas concluant du tout. Les conditions de sécurité et d’éclairage d’un tel musée font que les vitrages doivent être cancelés, la charpente en bois complètement emballée ou remplacée par autre chose, les murs isolés et doublés à l’intérieur, le sol excavé et la structure porteuse entièrement refaite. Au final, il ne reste plus du b timent qu’une enveloppe extérieure – sorte de décor de cinéma – et surtout des contraintes extraordinaires sur les circulations, la distribution des espaces et l’accès aux différentes fonctions.
En définitive, le véritable enjeu patrimonial, c’est la conjonction entre ce futur quartier et la gare avec sa somptueuse marquise en charpente d’acier rivetée, toutes deux classées en note *1* (monument d’importance nationale). Tout dépendra, en particulier, de la manière dont les architectes sauront créer des marquises de 200 mètres dans le prolongement de la grande toiture en dentelle d’acier qui enjambe depuis cent ans les quais et les voies.
C’est pourquoi, lors du vernissage du 16 juin, j’ai été particulièrement heureux d’entendre le représentant de CFF Immobilier, M. Staffelbach, exposer son intention de mandater les architectes lauréats pour faire des propositions architecturales sur l’extension des quais en direction du futur musée.
Enfin, je me dois de défendre ce projet « Bleu » – c’est le nom que les architectes lui ont donné pour le concours -, car c’est naturellement le seul qui, en s’affranchissant des contraintes de l’existant, permet de concrétiser les précepts de développement durable que le Conseil d’Etat s’est donnés, en janvier 2011, dans le cadre de la stratégie de gestion de son parc immobilier. En effet, le b timent sera conforme au standard Minergie P Eco, c’est-à-dire exemplaire tant du point de vue énergétique qu’au niveau du choix des matériaux et de l’énergie grise nécessaire à leur production et à leur mise en oeuvre (voir http://www.minergie.ch/minergie-ecop-eco.280.html).
Enfin, je me réjouis de cette collaboration inédite entre le Canton, la Ville et les CFF qui permet résolument de fixer des ambitions quant au rayonnement futur du MCBA. Etabli dans le périmètre de la gare, ce musée sera un peu celui des CFF au plan national. Quand on sait le succès grandissant des offres RailAway, combinant titre de transport et accès à des activités, on imagine aisément qu’il serait aisé de dépasser largement les 100’000 visiteurs par an! Sans oublier l’effet vitrine pour les voyageurs circulant sur les trains internationaux en provenance de Paris ou de Milan. Avec en prime, pour les habitants du quartier, les visiteurs et les touristes, un nouvel espace public où la nature devrait avoir une large place.

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