(rubrique L’Invité de 24 Heures du ) Les commandes publiques représentent en Suisse “ Confédération, cantons et communes confondus “ quelque 40 milliards de francs par an, soit pas loin de 10% du produit intérieur brut. On imagine aisément que si tout ces achats étaient prioritairement réservés à des entreprises responsables, les collectivités publiques seraient en mesure d’influencer notablement l’offre du point de vue des conditions sociales et écologiques de production.
Il se trouve que le Département des infrastructures (DINF) gère deux tiers du volume des achats cantonaux. Constatant ce rôle prédominant, j’ai été frappé par le fait qu’une entreprise vaudoise qui bénéficie d’une aide de l’Etat pour faire certifier sa gestion environnementale (ISO 14’001) n’était pas avantagée explicitement dans le cadre d’un appel d’offres. J’ai donc introduit dès 2005 des critères d’adjudication qui tiennent compte de la responsabilité sociale et environnementale lorsqu’il s’agit pour l’administration d’évaluer l’offre « économiquement la plus avantageuse ». En clair, cela signifie qu’une entreprise « citoyenne » – comme on dit en France voisine “ peut espérer emporter le marché avec une offre plus élevée qu’une autre entreprise qui se bornerait à respecter le cadre légal.
« Gaspillage d’argent public! », diront certains. Au contraire, j’ai la conviction que de tels comportements profitent plus à la collectivité et au développement durable de notre canton que l’adjudication systématique au meilleur prix. Comme le disait ma grand-mère, « le bon marché est souvent trop cher », surtout si l’on pense aux conséquences économiques et sociales ou aux coûts d’entretien, de maintenance et d’élimination.
C’est ainsi qu’une entreprise peut désormais faire valoir, entre autres, sa gestion de l’eau et des déchets, sa moindre consommation d’énergie, un plan de mobilité d’entreprise qui privilégie les mobilités douces et l’auto-partage, la formation continue, l’intégration de personnes handicapées ou marginalisées, une répartition plus équitable des revenus ou encore la place faite aux femmes dans son encadrement. L’association professionnelle Ecoparc a créé dans ce but un outil de comparaison accessible sur Internet (voir http://www.ecoentreprise.ch/). S’agissant d’une organisation « patronale », il est intéressant de relever qu’elle a élaboré ses check-lists avec l’appui du syndicat UNIA et des organisations de protection de l’environnement.
J’ai la conviction que nous serons vraiment sur le chemin du développement durable le jour où les entreprises seront aussi en compétition sur leurs aptitudes sociales et environnementales et pas uniquement sur leurs prix. Les nouvelles règles étant données, je déclare les jeux ouverts!
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