(Source: communiqué de presse de l’Office fédéral de l’énergie du 05.12.2022)
Un ami m’a envoyé le lien vers ce communiqué de presse de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) du 05.12.2022. En 2021, la Suisse comptait 49,3 millions de gros appareils électroménagers, d’appareils informatiques, de bureautique et d’électronique de loisirs en cours d’utilisation, soit 41,2% de plus qu’en 2002 (34,9 millions). Au total, leur consommation d’électricité s’élevait à 6,5 terawattheures (TWh), soit 11,2% de la consommation totale d’électricité en Suisse. Cela représente également 1,3 TWh ou 16,3% de moins qu’en 2002 (7,8 TWh). Youpie! On peut continuer!Mieux, on devrait acheter de nouveaux appareils énergétiquement plus efficients, peut-on lire entre les lignes!
Ayant une formation de base scientifique, je me suis demandé comment on peut recenser et mesurer la consommation de presque 50 millions d’appareils en fonction dans les ménages suisses. J’ai donc téléchargé le rapport en allemand Verkaufszahlenbasierte Energieeffizienzanalyse von Elektrogeräten (PDF, 2 MB).
J’ai trouvé la réponse à ma question dans la petite note du tableau 3 (Page 10, traduite par DeepL): Gain d’efficacité : amélioration théorique si le nombre d’unités de l’année en cours était le même qu’en 2002 (troisième avant-dernière colonne). Ainsi, le nombre d’appareils en fonction dans les différentes catégories, tout comme leur consommation d’énergie n’ont pas été mesurés mais modélisés sur la base, j’imagine, du nombre d’appareils vendus, de leur taux de renouvellement et des données de consommation fournies par les fabricants en 2002 et en 2021. De plus, seuls les appareils soumis à l’obligation d’afficher l’étiquette énergétique font partie de la modélisation. Et ce n’est même pas entièrement le cas, car certaines catégories n’y sont soumises que depuis peu, quand d’autres ne le sont plus. Depuis 2015, les machines à café et depuis 2016, les aspirateurs et les hottes d’aspiration font partie de l’observation du marché. En raison de la courte durée d’observation, il n’est pas encore possible d’estimer les stocks et les consommations de manière fiable. L’obligation d’étiqueter les aspirateurs ayant été supprimée, ils ne sont plus comptabilisés (page 11).
Aucune précision n’est donnée quant à la manière d’estimer le nombre d’appareils en fonction. Dans le secteur électroménager, ces estimations me surprennent. Par exemple, selon le tableau 7 (page 12), il y aurait 5 millions de frigo-congélateurs sur le marché en 2021, contre 4 millions en 2002, soit une augmentation de 25%, très largement supérieure à l’accroissement de la population.
Arrivé là dans ma lecture du rapport, je comprends mieux le surprenant graphique 2 Entwicklung ganzer Sektor / Geräte in diesem Sektor (page 8) montre l’évolution de 2002 à 2021 de la consommation totale d’électricité des ménages et du secteur des services (certainement une donnée de l’Office fédéral de la statistique) et celle des appareils selon la modélisation. Après une augmentation jusqu’en 2010, la consommation totale s’est stabilisée à 35 milliards de kWh (35 TWh, sur une consommation totale de 58.1 TWh), quand la part des appareils des ménages et du secteur des services passerait de 7.79 TWh à 6.72 TWh (-16.3%). Ainsi, la consommation des appareils électriques et électroniques utilisés par les ménages et le secteur des services n’expliquerait que 19% de la consommation électrique de ces deux secteurs (voir aussi tableau 1, page 8). On ne sait pas à quoi sont utilisés les 81% restants: éclairage (pourtant soumis à l’étiquette énergétique), chauffe-eau électriques, pompes à chaleur, recharge des véhicules électriques…? Bref, on compare des pommes et des poires et la diminution de consommation électrique des appareils n’a aucun fondement statistique.
Je ne peux pas imaginer que les scientifiques de l’OFEN n’avaient pas conscience du caractère très estimatif et incomplet de ces données. Certes, le communiqué de presse de l’OFEN précise bien que les données proviennent de l’Association suisse des fabricants et fournisseurs d’appareils électrodomestiques (FEA) et de l’Association économique suisse de la bureautique, de l’informatique, de la télématique et de l’organisation (Swico) [ndlr: sur mandat de l’OFEN], mais ne précise nul part qu’il s’agit d’une pure modélisation, qui plus est largement tronquée.
Je considère qu’il s’agit d’une fake news fabriquée avec l’argent des contribuables suisses, frappée de la croix fédérale, ce qui me paraît scandaleux. De plus, elle sert clairement les intérêts des fabricants et des fournisseurs de la FEA et de la Swico, en incitant les consommateurs à acheter de nouveaux produits énergétiquement plus efficaces, tout en faisant l’impasse sur la question de l’énergie grise, qui, dans le domaine informatique, représente environ 5 fois plus que celle consommée lors de l’utilisation. Ce n’est malheureusement pas la première fois que l’OFEN promeut le gaspillage et défend les intérêts des fabricants (voir mon article de blog de 2016 à propos du guide Faut-il réparer ou remplacer les appareils ménagers défectueux).
Je vais interpeler le service de presse de l’OFEN (media@bfe.admin.ch) et me réjouis de connaître leurs réponses…

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