Le « virage de la mort » sur la route de Berne qui contourne le village historique d’Epalinges porte bien son nom. Entre le Chalet à Gobet et le Carrefour des Croisettes, un tronçon de la RC 601 aujourd’hui limité à 80 km/h, on a dénombré ces dix dernières années et en moyenne: un mort et dix blessés graves par an. La sécurité est le premier objectif visé par le projet de requalification de la RC 601, tant décrié par les « Ch’tis de la Broye » (comme les a baptisés le parti radical vaudois). Vendredi 20 juin 2008, il m’a été donné d’aller expliquer ce projet à Payerne devant les représentants du district Broye-Vully (voir présentation du 20.06.08, PDF 3,6 Mb). Malgré les explications, les Broyards restent convaincus que le projet va gravement péjorer leur accès à la capitale et à l’autoroute. Si je comprends très bien cette inquiétude, j’affirme pourtant que le concept de mobilité globale élaboré dans cette zone va au contraire faciliter l’accès à Lausanne par le Nord-Est. Démonstration…
En réaffectant en grande partie une voie montante et une voie descendante aux transports publics, aux présélections d’entrée et de sortie, ainsi qu’aux mobilités douces, on ne réduit en rien la capacité routière qui reste suffisante pour un trafic inférieur à 23’000 véhicules par jour en 2020 (moins de 20’000 v/j en 2006). Chacun peut en faire l’expérience: si l’on respecte la limitation de vitesse, il n’est pas nécessaire aujourd’hui d’emprunter la voie de dépassement. Cependant, pour tenir compte du trafic poids lourds, le premier tronçon montant à partir du carrefour des Croisettes resterait à deux voies pour permettre les dépassements.
La limitation de vitesse à 70 ou 60 km/h rallongerait bien sûr le temps de parcours. Mais dans une mesure tout à fait raisonnable: seulement 20 secondes sur la totalité du parcours de 4 km.
En réalité, le seul facteur limitant est la capacité du carrefour des Croisettes, là où se forment aujourd’hui déjà les « bouchons ». Dans le sens entrant, le projet prévoit de maintenir les trois pistes de préselection et même de les allonger. En revanche, il n’est pas possible d’augmenter la capacité du carrefour qui doit permettre le croisement des flux de trafic importants qui y débouchent.
Mais l’essentiel du concept est ailleurs. En effet, en même temps que la mise en service du m2 en septembre 2008, les tl vont inaugurer deux lignes de bus sillonnant la zone urbanisée d’Epalinges et des hauts de Lausanne de part et d’autre de la RC601. On en attend un important report de trafic sur les transports publics à destination du terminus m2 des Croisettes.
Or, deux tiers du trafic mesuré sur la RC 601concerne les déplacements internes à la zone urbanisée, le tiers restant (soit 6’000 sur 18’000) représentant le flux de transit en provenance et à destination de la Broye et du Jorat. Si la nouvelle desserte des transports urbains permettait de capter ne serait-ce que 3’000 déplacements par jour, alors la capacité disponible pour le trafic des Broyards serait augmentée de 50%. Mais j’ose espérer qu’après avoir obtenu que le m2 soit amené jusqu’à Epalinges, ses habitants l’utiliseront dans une plus large mesure.
Cette amélioration concernerait essentiellement la charge de trafic au carrefour des Croisettes. Ainsi, à l’heure de pointe du matin, un habitant de Moudon qui aurait perdu 20 secondes jusqu’aux Croisettes pourrait bien gagner une phase de feux, soit 45 secondes. Et s’il se rend au centre de Lausanne, c’est probablement plusieurs minutes qui seront gagnées en raison de la réduction de trafic attendue sur cet axe avec la mise en service du m2 (-18%).
Voilà pour le bénéfice que les Broyards peuvent attendre du concept de requalification de la RC 601.
Mais on en oublierait presque les avantages que cela représenterait pour les autres usagers (très majoritaires) de cet axe:
- réduction des accidents et de la dangerosité pour tous, et en particulier pour les bordiers et les mobilités douces;
- réduction de la pollution et du bruit;
- amélioration de la performance (et donc de l’attractivité) des transports publics;
- gr ce aux trois ronds-points prévus, possibilité de desservir depuis la route cantonale les nouveaux quartiers en développement (EHL, Nestlé, commerces du centre d’Epalinges, etc.), avec à la clé de nouveaux emplois et de nouveaux contribuables.
C’est bien ces avantages qui ont incité les communes d’Epalinges et de Lausanne à demander au canton de développer ce concept. A mon plus grand étonnement, ces derniers temps, on n’a guère entendu ces arguments dans la bouche des syndic, municipaux et député radicaux concernés. Se laisseraient-ils impressionnés par les « ch’tis de la Broye »?
J’espère toutefois sincèrement que le dialogue pourra se poursuivre avec tous les usagers de la RC 601 et que le dossier ne sera pas pris en otage dans une opposition ville-campagne ou encore gauche-droite.

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