Projet fou: construire un ch teau du XIIIe siècle en Bourgogne, avec les matériaux et les techniques de l’époque. Juste pour vérifier quelques théories historiques. Et attirer quelque 300’000 touristes par an, dont je fus… Un chantier de 25 ans qui devrait s’achever en 2018. Cinquante collaborateurs permanents, plus d’une centaine de bénévoles, l’investissement atteindra peut-être ‚¬ 80 millions, dont 3/4 financés par les visiteurs. Tailler les pierres, produire les mortiers de chaux, forger les clous et les ferrures, tresser les cordes de levage en chanvre, réaliser les tuiles plates et les tavillons, sans oublier les planches en chêne taillées à la h che, autant de gestes qu’il a fallu retrouver avec l’aide d’artisans passionnés et d’historiens très futés. C’est aussi le premier chantier que j’ai vu sur lequel on ne trouve aucune benne de déchets. Et pour cause: à l’époque, on utilisait tout, qu’il s’agisse du cochon ou de la pierre.
Même pour celles et ceux qui, comme moi, n’apprécient guère le tourisme organisé, le chantier de Guédelon vaut vraiment le détour. Le genre de projet qui « ne sert à rien » – puisque personne ne devrait a priori l’habiter – et coûte les yeux de la tête. A l’heure où rien ne se fait qui ne présente d’utilité à court terme, l’aventure a quelque chose de proprement anachronique!
Mais comme pour les romans d’aventure, une suite est d’ores et déjà prévue. On prévoit de construire le village qui serait probablement né, au XIIIe siècle, à proximité du ch teau seigneurial. Puis, pourquoi pas, une cathédrale!!!
Cependant, certains historiens imaginent d’en faire un terrain d’expérimentation permettant de répondre à toutes sortes de questions. Comment, quelques siècles plus tard, ouvrir une fenêtre trois fois plus large que celle d’origine dans un mur de 2,5 mètres d’épaisseur sans affaiblir la statique du monument? Ou, plus trivialement, comment reproduire la sape d’un ch teau moyen geux? La sape est ce procédé d’effondrement d’un mur de fortification par la creuse d’une galerie et un incendie sous-jacent, voire l’incendie des étais du tunnel sous la muraille (voir sape dans Wikipedia). Une opération inconcevable sur un monument historique!
J’y retournerai probablement dans une dizaine d’années pour voir ce qu’il est advenu, car Guédelon n’est pas un site à voir mais un projet fou à suivre…

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